Ce portail numérique donne accès à l’édition critique de l’œuvre complète de Guillaume Costeley (1530/1531-1606), soit cent-quatre chansons polyphoniques, trois motets et une brève fantaisie pour orgue. Il comprend :
(1) Les partitions des cent-huit œuvres de G. Costeley sont proposées à la lecture et à l’écoute en ligne, grâce à la visionneuse de partitions Verovio, ainsi qu’au téléchargement, aux formats numériques MEI et Sibelius, et dans une mise en page en PDF. (2) Toutes ces partitions sont accompagnées de l’édition des textes chantés, avec l’analyse de leur versification. (3) Costeley online recense toutes les sources anciennes de ces œuvres et propose les hyperliens vers leurs numérisations dans la mesure où elles ont été mises en ligne par les bibliothèques qui les conservent. (4) Enfin, une notice biographique de Costeley présente un état à jour des connaissances les plus récentes sur le compositeur, enrichi de nouveaux éléments découverts à l'occasion de la préparation de cette édition critique et accompagné d’une bibliographie exhaustive sur la biographie et l'œuvre du compositeur (N.B. la bibliographie figurant au bas de la présente introduction ne concerne que les questions éditoriales).
Cliquez sur "Plus" pour une présentation complète des sources et des principes éditoriaux de cette édition.
L’édition prend comme texte principal la publication extrêmement soignée, probablement supervisée par le compositeur lui-même, en cinq volumes de parties séparées, Musique de Guillaume Costeley, Paris, Le Roy & Ballard, 1570, et désigne les œuvres par leur numéro d’ordre dans cette publication (n° 1 à 104). Les trois chansons qui ne figurent pas dans cette publication (n° 105, 106 et 107), ainsi que la fantaisie (n° 108), ont été éditées d’après leurs uniques témoins, trois imprimés de N. Du Chemin et un manuscrit. Deux de ces chansons (n° 106 et 107) ne comprennent que les parties de superius et tenor, aucun exemplaire des volumes de contratenor et bassus n’ayant été conservé. Enfin, les éditions de cinq mises en tablatures connues de chansons ou de fragments de chansons de Costeley, transmises dans deux imprimés et un manuscrit, sont également accessibles via les pages des chansons originales (n° 2, 6, 68 et 88).
En plus de la seconde édition de Musique en 1579, dont la seule modification par rapport à la première est la simplification radicale des altérations (plus de huit cents altérations de la première édition n’ont pas été reprises dans la seconde), treize autres imprimés et un manuscrit transmettent isolément des chansons de Costeley. Toutes ces sources sont recensées et décrites dans Costeley online, ainsi que toutes leurs rééditions remaniées dont les modifications concernent des œuvres de Costeley. Les réimpressions à l’identique d’éditions déjà décrites sont simplement signalées en commentaire des éditions principales. Enfin, tous les exemplaires conservés des deux éditions de Musique sont bien signalés dans Costeley online, mais pour les autres sources, seuls un ou deux exemplaires ont été signalés, en priorité ceux dont une numérisation avait été mise en ligne par une bibliothèque. On retrouvera la liste complète de tous les exemplaires de ces éditions par le lien vers le RISM online et les références bibliographiques indiquées pour chaque source.
Costeley online inclut au total vingt-six sources : les deux éditions de Musique, treize premières éditions d’anthologies avec six de leurs rééditions remaniées, deux manuscrits et trois sources en tablatures. Il convient de préciser certains de ces choix, qui s’expliquent notamment par le contexte éditorial des livres de chansons des imprimeurs royaux Le Roy et Ballard, dont la pratique en matière de rééditions remaniées est particulièrement complexe (voir Lesure & Thibault 1955 / BLRB, p. 24, sur les raisons sans doute très pragmatiques de ce système qui « peut sembler inextricable au chercheur aujourd’hui »). Le tableau 1 présente l’ensemble des sources imprimées de l’œuvre de Costeley. Sa première colonne recense seize éditions qu’on peut qualifier de principales, c’est-à-dire (naturellement) les premières éditions d’une publication contenant au moins une œuvre de Costeley, mais aussi (plus artificiellement) les premières rééditions remaniées d’une publication auxquelles au moins une œuvre de Costeley a été ajoutée. Les deuxième et troisième colonnes indiquent leurs numéros de RISM et les sigles abrégés utilisés dans Costeley online. La quatrième colonne (Nb) indique le nombre de pièces de Costeley incluses dans chacune de ces publications. Enfin, la dernière colonne recense les rééditions de ces seize éditions principales : celles en gras avec hyperlien sont les sept incluses dans Costeley online, celles entre parenthèses et en italique sont les rééditions remaniées ne contenant plus aucune œuvre de Costeley, le reste étant des rééditions inchangées de l’édition principale. Enfin, un chiffre entre parenthèses suivant une date de réédition indique le nombre d’œuvres de Costeley incluses dans cette édition remaniée, différent de celui de l’édition principale (4e colonne).
Tableau 1. Sources imprimées de l’œuvre de Costeley
Ce tableau fournit une chronologie claire de la diffusion des chansons de Costeley, qui démarra très progressivement entre 1554 et 1565, puis s’accéléra jusqu’à la parution de Musique en 1570, pour se tarir vers 1580. Seules trois publications internationales prolongèrent la diffusion de trois chansons : deux imprimés pour luth parus en 1584 et 1598 (tablatures des n° 2 et 6) et le très exceptionnel Livre septième de la firme Phalèse d’Anvers, qui continua à inclure une unique chanson de Costeley (n° 24) dans toutes ses rééditions de 1589 à 1613, et même dans une réédition de 1633 (Vanhulst 1978).
En plus de ces vingt-trois imprimés, trois manuscrits qui transmettent des œuvres de Costeley fournissent des informations marginales. Un des manuscrits du luthiste Guillaume Morlaye aujourd’hui conservés à Uppsala (S-Uu VmH 76b) contient quatre essais de mise en tablature d’un air (n° 88) et de deux sections de La Prise du Havre (n° 68), sans doute réalisées à partir de Musique. Un manuscrit en parties séparées d’origine française dont seuls les volumes d’altus et de tenor sont conservés (F-Pn Rés. 255 & I-Fl MS Ashb. 1085) inclut deux autres chansons (n° 6 et 72), copiées soit, à nouveau, à partir de Musique, soit des Meslanges de Castro publiés par Phalèse en 1575. Enfin et surtout, c’est grâce au manuscrit composite d’un maître d’écriture renommé, Jacques Cellier, qui traite d’une infinité de sujets mais consacre quelques pages à des curiosités musicales (F-Pnm Français 9152), que l’on dispose d’un aperçu de l’art de Costeley au clavier, en l’occurrence une vingtaine de mesures d’une fantaisie pour orgue ou épinette (n° 108).
En dehors du manuscrit de la fantaisie pour clavier, toutes ces sources concernent exclusivement des chansons, les trois motets étant uniques à Musique (n° 102 à quatre voix, 103 et 104 à cinq). Des centre-quatre chansons de Costeley, soixante-neuf sont des unica (2/3) et trente-cinq (1/3) figurent dans une ou plusieurs sources en plus de Musique, selon la répartition suivante :
Ces données témoignent du poids considérable de Musique dans la transmission de l’œuvre de Costeley. Comme il l'expliqua lui-même dans l’épître « à ses amis » insérée dans le volume de quinta pars de Musique, il s’était résolu à faire imprimer ses œuvres parce qu’il n’en conservait copie que dans un unique manuscrit personnel, dont il craignait qu’il ne tombe un jour entre de mauvaises mains. Le manuscrit ayant (en effet) depuis longtemps disparu, les volumes de Musique préservent deux tiers de chansons aujourd'hui inconnues par ailleurs et offrent un témoignage précieux de ce qu’un compositeur du XVIe siècle considérait comme l’essentiel de son œuvre.
La table des matières de Musique fait se succéder trois catégories de chansons :
L’écrasante majorité des trente-cinq chansons de Costeley les plus diffusées (dans Musique et au moins une autre source) appartiennent à la première catégorie, celle des chansons à quatre voix. Les trois seules exceptions sont un air (n° 88, Ma douce fleur, ma Marguerite) et deux chansons à cinq voix (n° 95 et 96, parues dans le 19me livre de Le Roy & Ballard, en 1567). D’un point de vue chronologique, vingt-cinq chansons furent imprimées avant Musique, puis treize réapparurent ensuite dans de nouvelles sources (en considérant que les témoins manuscrits de quatre chansons datent d’après 1570).
| Année | Titre | Musique n° | Recueil | Nb éd. Conc1 | RISM Conc1 |
| 1554 | Le clerc d’un advocat | 39 | DC 10 (2e éd.) | 1 | 1554-20 |
| 1554 | Flambeau du ciel | — | DC 11 | 1 | 1554-21 |
| 1557 | Helas ma sœur, m’amye, j'en mourrois | — | DC 12 | 1 | 1557-11 |
| 1559 | Venez dancer au son de ma musette | 71 | LRB 11 | 5 | 1559-11 |
| 1559 | Ma douce fleur, ma Marguerite (air) | 88 | LRB 13 | 1 | 1559-13 |
| 1560 | Las, je n'eusse jamais pensé [Ronsard] | 9 | DC 14 | 1 | 1560-03a |
| 1560 | Hardis françoys [La prise de Calais] (anonyme) | 61 | DC 14 | 1 | 1560-03a |
| 1565 | Elle craint l'esperon | 27 | LRB 16 | 7 | 1565-08 |
| 1565 | De quoy me sert mignarde | 44 | LRB 16 | 7 | 1565-08 |
| 1565 | Noblesse gist au cœur du vertueux | 25 | LRB 17 | 4 | 1565-09 |
| 1567 | Fy du plaisir qui mille ennuis attire | 8 | DC 16 | 1 | 1568-10a |
| 1567 | Frere Blaise | — | DC 16 | 1 | 1568-10a |
| 1567 | L'ennuy, le deuil, la peine et le martyre [Ronsard] | 19 | LRB 19 | 5 | 1567-11 |
| 1567 | Puisque ce beau mois | 20 | LRB 19 | 5 | 1567-11 |
| 1567 | Allez mes premieres amours | 1 | LRB 19 | 5 | 1567-11 |
| 1567 | Allons gay bergères | 16 | LRB 19 | 5 | 1567-11 |
| 1567 | Mignonne allons voir si la roze | 18 | LRB 19 | 5 | 1567-11 |
| 1567 | Bien je vous pardonne | 51 | LRB 19 | 5 | 1567-11 |
| 1567 | Quand l'ennuy facheux vous prend | 66 | LRB 19 | 5 | 1567-11 |
| 1567 | Que vaut Catin (à 5v) | 95 | LRB 19 | 5 | 1567-11 |
| 1567 | Plus est servy et plus se plainct (à 5v) | 96 | LRB 19 | 5 | 1567-11 |
| 1569 | L'autrier priay de danser deux fillettes | 31 | LRB 20 | 3 | 1569-17 |
| 1569 | Quand le berger veid la bergere | 47 | LRB 20 | 2 | 1569-17 |
| 1569 | A ce joly matinet | 56 | LRB 20 | 3 | 1569-17 |
| 1569 | Je n'ay plaisir si-non en ta presence | 54 | LRB 20 | 2 | 1569-17 |
| 1575 | Approche toi (3 extraits en tablature) | 68 | MS Morlaye | 1 | S-Uu |
| 1575 | La terre, les eaux va buvant [Ronsard] | 6 | Ph1575 | 1 | 1575-04 |
| 1575 | Mais que sert la richesse | 2 | Ph1575 | 1 | 1575-04 |
| 1575 | Las je n’yray plus je n’yray pas | 30 | Ph1575 | 1 | 1575-04 |
| 1575 | Un usurier surpris de maladie | 72 | Ph1575 | 1 | 1575-04 |
| 1575 | Un usurier enterra son avoir | 4 | Ph1575 | 1 | 1575-04 |
| 1575 | Chassons ennuy | 7 | Ph1575 | 1 | 1575-04 |
| 1575 | Sus debout gentilz pasteurs | 22 | Ph1575 | 1 | 1575-04 |
| 1575 | Allon au vert bocage | 36 | Ph1575 | 1 | 1575-04 |
| 1575 | Dieu Cupidon | 45 | Ph1575 | 1 | 1575-04 |
| 1575 | Le plus grand bien | 49 | Ph1575 | 1 | 1575-04 |
| 1575 | Venus est par cent mille noms | 55 | Ph1575 | 1 | 1575-04 |
| 1589 | Ce beau temps me fait resjouir | 24 | Ph1589 | 9 | 1589-05 |
Tableau 2. Chansons de Costeley figurant dans Musique et dans d'autres sources
L’édition conserve les valeurs originales de la notation ancienne (semibrevis = ronde). Elle se lit donc dans une mesure à 2/1, le signe C barré (¢), conservé comme signe de mesure au lieu de 2/1, indiquant une mesure à deux temps, avec tactus à la semi-brève / ronde.
Les clefs d’ut de la notation originale ont été modernisées : sol 2 pour ut 1, sol 2 octava bassa pour ut 3 et ut 4 aux voix de contratenor altus et tenor, et fa 4 pour les quelques cas dans lesquels la voix de bassus était notée en ut 4. Les clefs de la notation originale sont systématiquement indiquées en en-tête de chaque chanson, sous la forme : C1C3C4F4 (C pour clé d’ut, G pour clé de sol, F pour clé de fa).
Certaines sections musicales comportant un nombre impair de semi-brèves, il a parfois fallu rallonger la mesure précédant la cadence d’une ronde. Il n’a pas été jugé utile de signaler cette irrégularité (en termes modernes) par un changement de mesure, mais il convient donc de veiller à la durée de l’avant-dernière mesure des sections musicales (principalement en cas de barres de reprises).
Au regard de la forme, et notamment des reprises, fréquentes au début et à la fin de très nombreuses chansons, la notation linéaire de Musique a été conservée, sans chercher à lui substituer un système de barres de reprises. En général, les reprises initiales – dans lesquelles les vers 3 et 4 du poème sont très souvent chantés sur la même musique que les vers 1 et 2 – sont notées tout au long. Les reprises finales, qui consistent le plus souvent en une répétition du dernier vers ou de portions variables des deux derniers vers, sont, elles, le plus souvent notées avec un signe de reprise. Frank Dobbins avait forgé le terme d’épigramme balladée, en référence à la forme poético-musicale de la ballade des XIVe et XVe siècles, pour désigner cette forme très fréquente dans la chanson du XVIe siècle (huitain ou dizain dont la musique des deux premiers vers est reprise pour les deux vers suivants ; reprise complète, texte et musique, du dernier vers). L’indication « Épigramme balladée » figure en en-tête de toutes les chansons composées selon cette forme, moyennant quelques variantes, précisées au besoin.
Les modernisations orthographiques des textes ont été limitées au plus strict nécessaire. Elles comprennent la substitution modernisée des i/j et des u/v, la restitution des abréviations et de l’esperluette (&/et), et la correction de l’usage inventif des apostrophes dans la publication originale (n’i pour ni, et même « m’escontentement » pour mescontentement, etc.)
Cette édition est l’aboutissement d’un travail entrepris en 2005 par Frank Dobbins et David Fiala à l’université de Rouen, dans le cadre d’une collaboration initiée par Patrick Taïeb et ponctuée par un colloque sur Costeley et le Puy d'Évreux organisé par D. Fiala en novembre 2008 à Rouen et Évreux (sur tout cet historique, voir Fiala 2025a). La saisie des partitions a été réalisée avec le logiciel Berlioz par les étudiants de la classe de gravure musicale du département de musicologie de l’université de Rouen, sous la responsabilité de Joann Élart (années 2006-2008), et mise en page par Marc Dormont (Centre de Musique baroque de Versailles). L'édition des textes a bénéficié de la collaboration de Nahéma Khattabi. La conversion finale des fichiers numériques aux formats MEI et Sibelius a été réalisée par l’entreprise Notengrafik Berlin GmbH sous la supervision de Vincent Besson (CESR), et leur mise en ligne assurée par Sarra Ferjani (CESR). La finalisation de Costeley online a été stimulée par la préparation de l'exposition Résonances. Guillaume Costeley (1531-1606) et l'orgue du Musée d'Evreux, présentée au Musée d'Art, Histoire et Archéologie d'Évreux du 18 octobre 2025 au 1er mars 2026. Que ses commissaires et éditrices de l'ouvrage publié à cette occasion (Évreux Exp 2025), Natacha Roehrig et Zoé Delacourt, soient encore ici remerciées de leur initiative. Enfin, cette édition est dédiée à la mémoire de Frank Dobbins († 2012), dont les notes savantes, foisonnantes et allègres ont constamment allégé toutes les étapes les plus fastidieuses de sa finalisation.
Les musicologues intéressés à contribuer peuvent contacter la personne responsable du projet, David Fiala.
Bibliographie
[BLRB [Lesure & Thibault 1955]]
[BNDC [Lesure & Thibault 1953]]
[Fiala 2025a]
[RISM Online]
[Vanhulst 1978]
[Évreux Exp 2025]
Contributeurs
Catalogues : BLRB 123 ; BLRB 139 ; BLRB 177 ; BLRB 222 ; BLRB 231 ; BLRB 62 ; BLRB 79 ; RISM A I, C-4229 ; RISM A I, C-4230 ; RISM B I, 1559-11 ; RISM B I, 1562-04 ; RISM B I, 1567-07 ; RISM B I, 1573-09 ; RISM B I, 1578-08
Catalogues : BLRB 139 ; BLRB 231 ; RISM A I, C-4229 ; RISM A I, C-4230 ; RISM B I, 1575-04
Catalogues : BLRB 139 ; BLRB 231 ; RISM A I, C-4229 ; RISM A I, C-4230
Catalogues : BLRB 139 ; BLRB 231 ; RISM A I, C-4229 ; RISM A I, C-4230
https://ricercardatalab.cesr.univ-tours.fr/projects/20/
Fiala David, Costeley Online (2004-2026), dans RicercarDataLab [https://ricercardatalab.cesr.univ-tours.fr/projects/20/] (accessed 18 mars 2026).