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La carrière de ce chantre ténoriste indiscipliné, sûr de sa valeur jusqu’à l’insolence, est faite d’allers-retours entre la cathédrale de Rouen et la Sainte-Chapelle de Paris. Les épisodes de sa carrière rouennaise peuvent être retracés en détail grâce à l’étude du riche fonds documentaire de la cathédrale de Rouen par Vincent Tabbagh, qui a mis à disposition de la Prosopographie des Chantres de la Renaissance plusieurs synthèses biographiques (Tabbagh PCR).
Cathédrale de Rouen, 1483-1488
Ses premières mentions connues indiquent qu’en octobre 1483, ce « ténoriste et expert en musique », déjà ordonné prêtre (et donc âgé d’au moins 25 ans, i.e. né avant 1468), était venu offrir ses services au chapitre cathédral de Rouen. Reçu à l’habit le 23.10 et gratifié d’un don le lendemain, le chapitre lui fit définitivement obtenir le 20.12 une des six chapellenies du collège du Saint-Esprit, après avoir congédié un chapelain qui s’était absenté sans autorisation et obtenu la collation de l’archevêque. Jusqu’en janvier 1489, le chapitre lui alloua de nombreuses gratifications tout en le réprimandant régulièrement pour sa chevelure trop longue, le port d’un bonnet ou d’une cornette de velours dans l’église, ses propos déplacés et injurieux, les scandales qu’il provoqua et ses défaillances dans le service divin. Le 27.8.1488, il dut répondre de l’accusation d’avoir frappé une femme et son fils en les injuriant. Malgré ses réponses arrogantes, il fut pardonné à condition de chasser sa maîtresse — qu’il présentait comme sa cuisinière — et de ne plus porter son chapeau dans l’église. Le 27.10, il fut accusé d’avoir injurié la veille dans la cathédrale le recteur des choristes Jean Versoris (Le Tourneur). Il présenta ses excuses tout en déclarant que les enfants de chœur perdaient leur temps « avec les autres ». Le 5.1.1489, il abandonna son revenu des deniers du Saint-Esprit à Guillaume du Val, clerc, notaire de la cour de l’archevêque, par permutation pour un bénéfice fictif (Tabbagh PCR d’après F-AD 76, G 2142, f. 73v, 76v, 78, 85v, 89, 109v, 140, 155v, 156v ; G 2143, f. 20v, 44, 80v, 112, 137 ; G 2144, 35-35v, 46v, 60). Il avait peut-être alors déjà prévu de partir pour Paris où il apparaît huit mois plus tard. Bien que la documentation ne le signale pas, c'est peut-être dès ces années qu'il assura la fonction de maître des enfants, comme un des chanoines le rappella en 1507 (voir ci-dessous).
Sainte-Chapelle de Paris, 1489-1493
Le 13.8.1489, Du Buisson reçut un don de deux écus d’or des chanoines de la Sainte-Chapelle, qui ordonnèrent, le 13.3.1490, « en la faveur du service divin, que maistres P. Bosquan et Maturin Dubuysson, tenoristes, auront à chacun quartier chacun 25 sols parisis oultre le vivre et distributions, pourveu qu’ils continuent et facent leur devoir audit service divin ». Servant probablement près de quatre ans comme chapelain gagiste, il quitta l’église avant le 26.10.1493, quand la chambre « que tenoit naguere Maturin, tenoriste » fut réattribuée (Brenet 1910, p. 41-42, d’après F-AN, LL 622, f. 8v, 13v, 38).
Cathédrale de Rouen, 1500-1503
Ses activités sont inconnues jusqu’au 11.2.1500, date à laquelle le chapitre de Rouen répondit favorablement à sa requête d’être réadmis au chœur « après de longs détours dans diverses régions ». Considérant qu’il avait « amendé ses mœurs et que sa capacité est notoire », le chapitre l’engagea comme ténoriste aux gages de 60 l.t., pour cette année sur la bourse du chapitre et « à son bon plaisir », jusqu’à ce qu’il soit pourvu d’un bénéfice (Tabbagh PCR d’après F-AD 76, G 2146, f. 155-155v ; également cité par Wegman 2009, p. 35). Aucune autre mention ne permet de déterminer combien de temps il demeura à Rouen avant de réapparaître à Paris en 1503.
Sainte-Chapelle de Paris, 1503-1507
La documentation de la Sainte-Chapelle n’en dit rien mais Du Buisson occupa la fonction de maître de musique des enfants de chœur au moins en 1503 et 1504. C’est en effet lui qui perçut directement des finances royales les 400 l.t. annuelles prévues pour l’entretien des enfants de chœur de la Sainte-Chapelle de Paris en 1503 et 1504, au titre maître de musique des enfants de chœur, en compagnie du maître de grammaire Nicole Bodin (Bonime 1975, p. 37 et 125 d’après F-Pnm Français 2927, f. 12 [1503] : « A maistre Mathurin Du Buisson et Nicolas Boidin, maistres des enffans de la saincte chappelle du palais a Paris, la somme de 400 l.t. a eulx ordonnee par le roy nostre sire durant l’annee de ce present roole pour l’entretenement desdits enffans, pour ce 400 l.t. », et Français 2930, f. 120 [1504]). C’est sans doute peu après qu’il eut renoncé à cette charge que les chanoines décidèrent, le 27.9.1505, qu’il ne recevrait « doresenavant que les distributions et vivre ordinaires d’un chappellain perpetuellement resident en ladite eglise, ainsi que ont les autres chappellains d’icelle ». Sa décision de repartir à la cathédrale de Rouen, à laquelle il fit une offre de service dès mars 1507 (voir ci-desssous), se fit ensuite avec l’accord de la Sainte-Chapelle : le 4.6.1506, les chanoines lui avaient accordé une « avance sous forme de prêt » de 12 l.t., dont ils lui firent finalement don le 4.8.1507, en ajoutant un don de 40 s. « pour s’en aller a Rouen estre maistre des enffans de cueur de Nostre-Dame de Rouen » (Brenet 1910 p. 46-48 d’après F-AN, LL 623, f. 15, 22, 25, 33).
Cathédrale de Rouen, 1507-1513
Le 19.3.1507 à Rouen, le chanoine Mésenge, alors maître des enfants de la cathédrale, avait exposé au chapitre que « maître Mathurin, résident à la chapelle du roi à Paris, qui avait eu autrefois le gouvernement des choristes » (sans doute dans les années 1480), offrait de reprendre cette fonction pour les gages de 100 l.t. et avec l’aide d’un maître de grammaire. Le chapitre décida, à nouveau en raison de ses compétences, de lui transmettre son accord en envoyant Mésenge à Paris. Le 4.6.1507, le chapitre le fit toutefois prévenir qu’il ne lui accorderait pas d’avance pour liquider ses dettes à Paris. Après délibération du chapitre le 21.6, il fut reçu le 24 à l’habit de la cathédrale et institué recteur des choristes, à 100 l.t. par an, à condition de se présenter huit jours avant l’Assomption ; comme Du Buisson avait nommé un fidéjusseur suffisant qui promettait de rembourser la somme s’il ne venait pas, le chapitre décida de lui expédier une avance de 20 écus d’or sur ses gages. Le 14.9.1507, le chapitre demanda au cardinal d’Amboise sa nomination au collège du Saint-Esprit, dont le revenu (qu’on peut estimer à cette époque à environ 40 l.t., d’après F-AD 76, G 4855) devait être défalqué de sa pension. Sa réception, prestation de serment et installation se firent finalement le 30.11 suivant. Le 14.9.1508, il remit sa charge de recteur des choristes, se recommandant à la grâce du chapitre et s’offrant pour le service de la cathédrale. Le 4.10, il reçut du chapitre une pension de 50 l. pour cette année, en plus de ses deniers du Saint-Esprit, puis obtint le 9.10 qu’elle soit portée à 60 l. « pour continuer son office de ténoriste à matines, la messe de Notre-Dame et les grandes vêpres et heures dans lesquelles des hymnes sont chantées par des experts en art du chant », puis reçut une avance de 20 écus d’or le 20.12. Il appartenait toujours au collège du Saint-Esprit en 1511-1513 et apposa sa signature à la fin du compte finissant à la Saint-Michel 1513, dont l’audition par les chapelains se fit le 21.9.1513. Un nouveau chapelain figurant à sa place dans le compte suivant (1513-1514), il doit avoir définitivement quitté Rouen (Tabbagh PCR d’après F-AD 76, G2147, f. 239, 248, 250-250v, 260v, 267-267v, 274v, 300, 304v-305, 313v, et G4860).
Sainte-Chapelle de Paris, 1512-1514
Il était alors revenu à la Sainte-Chapelle de Paris dès le 13.10.1512, date à laquelle les chanoines avaient ordonné que « maistre Mathurin Dubuysson, ayant voix de teneur, qui autrefois avoit esté de ladite Saincte-Chapelle, auroit les gaiges de chapellain en icelle tant qu’il plaira a Messieurs de ladicte Saincte Chapelle. Et aussi que s’il fait aulcun scandalle en ladite eglise ou qui soit noyseux ou rioteux aux aultres compaignons, ou qui ne serve solemnellement en ladite eglise, qu’il sera mis hors sans procez tout ainsi que mect ung maistre son vallet dehors quand il lui plaist en le payant de ses gaiges, lequel Mathurin l’a aussi voulu, et luy ont donné terme jusques aux Roys pour aller faire ses besongnes à Rouen ». Le 4.3.1514, les chanoines réitèrent que « maistre Mathurin Dubuysson auroit les gaiges de chapelain en desservant solempnellement tant qui leur plaira seullement et le pourront mettre hors et luy oster les gaiges quand bon leur semblera, et de ce en a passé brevet ledit Du Buysson ». La lacune des registres de la Sainte-Chapelle entre 1514 et 1519 ne permet pas de savoir à quelle date il se retira mais il n’y est plus mentionné ensuite et n’a pas été localisé ailleurs à ce jour (Brenet 1910 p. 41, 46-48, 61-62, 64 d’après F-AN, LL 622, f. 8v, 13v, 38, LL 623, f. 15, 22, 25, 109, 128v).
Possible parenté avec d’autres chantres musiciens appelés Du Buisson
Trois autres chantres actifs à cette époque portent le patronyme Du Buisson ou ses équivalents latins (Dumis, de Dumo) et flamand (van der Haghen) : Jean, chantre de René d’Anjou en 1450 puis des chapelles de la reine Marie d’Anjou et des rois Charles VII et Louis XI de 1454 à 1476 ; Georges, ancien enfant de chœur de la cathédrale de Cambrai en 1474 puis petit vicaire jusqu’en 1476, qui servit ensuite à Rome entre 1478 et 1497, à Saint-Pierre et à la chapelle pontificale, puis en 1498-1501 à la chapelle de l’archiduc Philippe Le Beau ; et enfin Pierre, organiste de la Sainte-Chapelle de Bourges qui servit également Anne de Bretagne (voir ces biographies). Les potentiels liens de parentés entre ces chantres ne sont pas connus, Georges et Pierre étant apparemment originaires des Flandres et Mathurin le seul associé à Rouen, où on trouve en outre une unique mention d’un Antoine Dionis, jeune homme qualifié de cousin du ténoriste Mathurin du Buisson et reçu à l’habit de l’église le 3.2.1485 (Tabbagh PCR d’après F-AD 76, G2143, f. 5v).
Identification hypothétique avec le compositeur Mathurin Forestier
Sur l’identification hypothétique de ce chantre au compositeur Mathurin Forestier, voir la notice de ce dernier.
Master of choirboys
Member of a church (musician)
Singer
Tenor
Male
8 in database
Member of a church (musician)
1483-10/1489-01-05
Rouen
(France)
Institution: Cathédrale Notre-Dame de Rouen, Rouen (France)
Bibliography: Tabbagh PCR
Comments: Il sert en continu, à l'exception d'une absence sans autorisation au cours du dernier trimestre 1486
Member of a church (musician)
1489-08-13/1493-09
Paris
(France)
Institution: Sainte-Chapelle de Paris, Paris (France)
Bibliography: Brenet 1910
Comments: Sa chambre est réattribuée le 26.10.1493, on suppose donc qu'il servit jusqu'au mois précédent
Member of a church (musician)
1500-02-11/1502
Rouen
(France)
Institution: Cathédrale Notre-Dame de Rouen, Rouen (France)
Bibliography: Tabbagh PCR
Comments: Une unique mention en février 1500, mais on suppose qu'il servit jusqu'à son nouveau départ pour la Sainte-Chapelle de Paris, donc au moins jusqu'en 1502
Master of choirboys
1503/1504
Paris
(France)
Institution: Sainte-Chapelle de Paris, Paris (France)
Comments: Les registres de comptabilité royale vont souvent d'octobre à septembre mais les fragments de comptes qui enregistrent les deux paiements à Du Buisson pour l'entretien des enfants de chœur de la Sainte-Chapelle de Paris en 1503 et 1504 couvrent bien l'année civile, de janvier à décembre. Aucun paiement équivalent pour les années immédiatement antérieures ou postérieures n'a été retrouvé.
Member of a church (musician)
1503/1507-08-04
Paris
(France)
Institution: Sainte-Chapelle de Paris, Paris (France)
Bibliography: Brenet 1910
Master of choirboys
1507-11-30/1508-09-14
Rouen
(France)
Institution: Cathédrale Notre-Dame de Rouen, Rouen (France)
Bibliography: Tabbagh PCR
Comments: En négociation avec le chapitre cathédral de Rouen depuis mars 1507, il ne prit ses fonctions que le 30 novembre suivant et abandonna sa charge de maître des enfants en septembre 1508, tout en restant attaché à la cathédrale comme chapelain et chantre ténoriste.
Member of a church (musician)
1507-11-30/1513-09-21
Rouen
(France)
Institution: Cathédrale Notre-Dame de Rouen, Rouen (France)
Bibliography: Tabbagh PCR
Comments: En négociation avec le chapitre cathédral de Rouen depuis mars 1507, il ne prit ses fonctions que le 30 novembre suivant et abandonna sa charge de maître des enfants en septembre 1508, tout en restant attaché à la cathédrale comme chapelain et chantre ténoriste.
Member of a church (musician)
1512-10-13/1514-03-14
Paris
(France)
Institution: Sainte-Chapelle de Paris, Paris (France)
Bibliography: Brenet 1910
Comments: Dernière mention en mars 1514 mais les lacunes documentaires des années suivantes sont telles qu'il pourrait avoir servi encore plusieurs années.
Dubuisson ; Dubuysson ; Maturin
Georges Du Buisson (unknow but possible family connection)
Jean Du Buisson (unknown but possible family connection)
Mathurin Forestier (hypothetical identification)
Pierre Du Buisson [van der Haghe] alias Pierre l'organiste (unknown but possible family connection)
[Bonime 1975]
[Brenet 1910]
[Collette & Bourdon 1892]
[Lowinsky Ed 1968]
[Tabbagh PCR]
[Wegman 2009]
[F-AD 76]
[F-AN]
[F-Pnm]
David Fiala - Project manager ; Biography author
https://ricercardatalab.cesr.univ-tours.fr/people/1843/
Fiala David, Mathurin Du Buisson, in RicercarDataLab [https://ricercardatalab.cesr.univ-tours.fr/people/1843/] (accessed 10 October 2026).
Last modification: Oct. 4, 2026